Le diptyque du train (p. 34-35) nous montre des personnages et des vaches affublés d’yeux étoilés de jaune sous le soleil et d’yeux en forme de croissant blanc la nuit. Astres solaire et lunaire, on le comprend, sont source de la même contamination que nous évoquions plus haut : chaque élément, symbole ou motif qui entre dans les compositions de Leb est susceptible de transmettre son état, de communiquer son principe vital, son flux de bonheur.
Principes tuteurs de l’imaginaire et de la création, les astres sont représentés de façon constante chez cet artiste, « il y a toujours une lune qui traîne, quelques étoiles ou un soleil…» Dans l’intemporel jardin d’Éden que constitue l’oeuvre colorée de Leb, la perspective (tant spatiale que temporelle) est absente ou tronquée.
Car ce monde est celui de l’immanence, de l’être là, celui du carpe diem et non celui de la durée et de la projection. Les astres peuvent être touchés, cueillis, intégrés à soi. Décrocher la lune n’est pas une formule vaine, mais un acte naturel, aussi accessible que la joie qui fleurit à chaque coup de pinceau.
Textes : Marc Nagels